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 Temoignages             

Quelques temoignages des migrants et déplacés du Nord Mali accueillis par l'ARACEM. 

Arrivés dans nos locaux, la plupart des migrants que nous accueillons, sont blessés dans leur âme ainsi que sur leur corps, par rapport à ce qu’ils ont vécu ou subi tout au long de leur parcours migratoire.  

Dans leur regard, se lit le désespoir pour certains et la malchance pour d’autres d’avoir échoué, de recommencer, bref de revenir au point de départ.  

Se confier pour eux, est un acte de libération contre ce lourd fardeau qu’ils portent dans leur tréfonds contre leur gré.  

 Comme disait Victor HUGO «  à raconter ses maux, on les soulage ». Oui, ils se sentent soulagé d’avoir enfin quelqu’un qui leur donne de son temps, quelqu’un qui est présent, quelqu’un sur qui compter.  ARACEM en a fait de cette activité de prise de témoignages, une priorité et n’entends pas s’arrêter en si bon chemin. Ces témoignages nous permettent de décrier toutes les formes d’injustice et de violence que subissent ces hommes, femmes et enfants, juste parce qu’ils recherchent un mieux être ailleurs.

 

 

JOY-------------22 ans---------Nigériane            

Je suis à Gao depuis 01 an et j’étais bloquée.  Celui qui m’a emmené m’avait promis de me conduire en Europe et une fois à Gao il a disparu jusqu’aujourd’hui. 

J’étais abandonnée à moi-même. J’ai commencé à faire la prostitution dans un bar de la place, exposée à tous les dangers  pour essayer de  survivre. 

Le jour où la ville de Gao a été  prise, des hommes ont débarqué chez nous en turban, armés, ont tiré des coups de feu en l’air et nous ont demandé de nous coucher après avoir maitrisé tous les hommes qui s’y trouvaient.

Ils nous ont violé l’une après l’autre et à plusieurs reprises et celle qui résistait un peu était violentée et certaines de mes camarades ont même saigné. Je suis triste et traumatisée et cette image ne cesse de me hanter  et j’ai honte de retourner au pays car mes parents ont dépensé beaucoup d’argent pour ce voyage pour l’Europe qui a échoué et je ne sais quoi leur dire et je me retrouve coincée au Mali, je ne peux même pas les appeler. J’ai honte de moi. 

MARGUERITTE ------------37ans----------Camerounaise           

Je suis venue du refoulement d’Algérie il y a 01 an et je suis resté à Gao. Je n’avais plus les moyens pour retourner au pays d’origine ou pour retourner an Algérie faute de papiers. J’ai commencé à faire un petit commerce pour survivre et envoyer aussi un peu d’argent à mes enfants qui ne comptent que sur moi. Je suis tombé malade une semaine avant les attaques de Gao.  

J’ai eu une tumeur au niveau du cou et je n’ai pas pu avoir les soins car mon rendez-vous à l’hôpital coïncide avec ces attaques qui ont laissée l’hôpital dans un état pitoyable  car saccagé et tous les médecins étaient partis. 

Je suis déjà à presque une semaine sans soin, sans  pansement. J’ai mal et je ne sais pas ce que je deviendrais, je suis fatiguée, j’ai des vertiges et je remercie l’association ARACEM qui nous a aidés à sortir de Gao ainsi que beaucoup d’autres migrants comme moi pour Bamako et surtout pour ma prise en charge sanitaire.  

NDOUR-----------------26ans-----------Sénégalais  

Je suis refoulé d’Algérie et je rentre à Gao le lendemain des attaques de Kidal et un jour après la Région de Gao elle aussi est envahie. Les coups de feu, les armes qui crépitaient m’ont ébloui. Tout était saccagé et il n y avait rien à manger surtout pour nous autres étrangers.

Je me suis refugié sous les arbres au bord du fleuve Niger où j’ai passé deux jours. Après je me suis caché dans une famille d’accueil malienne pas loin de là qui m’a tendue la main et qui elle aussi était à bout de souffle : pas de ravitaillement, pas de soin desanté, on ne pouvait même pas sortir ni parler à haute voix. Après deux semaines, nous avons reçu l’information d’une évacuation sur Bamako par une association dénommée ARACEM. C’était la délivrance pour moi et pour cette mère veuve et quatre enfants. Enfin nous voici à Bamako et nous remercions tous ceux qui de près ou de loin par le canal de cette association nous ont aidé à quitter Gao.  

CLARK----------25ans---------Libérien 

Je suis bouleversé, je suis traumatisé et ce que j’ai vécu et subi à Gao me rappelle  les mêmes souffrances et les mêmes scènes que j’ai vécu quand j’étais encore plus petit au Liberia où j’ai perdu tous mes proches.

C’est avec les larmes aux yeux que je vous raconte tout ceci. Je croyais avoir tout oublié, je croyais que quitter le Liberia pour moi était une libération dans mon esprit. Mais hélas ! Les images, les armes qui crépitaient m’ont rappelé ce que j’ai vécu dans mon pays comme si c’était hier. Je sais plus où aller, je suis abandonné à moi-même et je me meurs jusque au plus profond de moi.

Après quelques semaines dans cette ville de Gao déserte, j’ai été battu parce que je portais un chapelet Chrétien au cou. Dieu merci ils m’ont abandonné quelque part et j’ai pu rencontrer certains migrants vivant eux aussi vivant dans la même désolation, et la même peur de se faire tuer juste parce qu’ils sont chrétiens. La nouvelle d’une évacuation sur Bamako est pour nous un nouveau souffle, un nouveau départ, bref une survie et tout simplement que Dieu leur donne longue vie et la force de ramener ici à Bamako ceux qui sont encore bloqués à Gao. 

AISSATA------------50ans-----------Malienne

Je vis à Gao depuis des années avec mes enfants et mes petits enfants. Je suis de la région de Gao et ce qui s’est passé est tout simplement indescriptible. Nous avons été surpris par les attaques et j’ai passé les moments les plus difficiles de ma vie, surtout à mon âge car il fallait mettre mes enfants en sécurité psychologiquement, moralement et physiquement.

Nous avons passé des jours cachés sans avoir le courage de sortir et seuls les chuchotements de peur et des pleurs étouffés  envahissaient la petite cabane qui nous servait d’abris dans cette ville terrible au son des fusils et des grenades. C’est par  le canal de ma fille qui a eu le courage de sortir chercher quelque chose à manger que nous avons reçu l’information  d’une évacuation sur Bamako par une structure d’accueil. La nouvelle est venue à point nommé et pour moi mère et grand mère un soufflenouveau, un soulagement, une nouvelle vie. Dieu merci j’ai pu être évacuée sur Bamako avec toute ma famille, c’est le plus grand cadeau et je vous remercie du fond du cœur.  

AMINATA  ---------25 ans-----Malienne Sonrhaï  

Je suis native de la région du Nord plus principalement de Hombory. J’ai 25 ans, mariée et mère de 02 enfants.                                                              je suis dépassée par ces évènements, car j’ai perdu mon mari et mon garçon il ya 05 jours au cours d’une attaque des rebelles. 

Je ne sais plus qu’est ce que va  devenir ma vie sans mon homme qui était tout pour moi.                                                                                               J’ai perdu l’espoir de vivre et ne sais pas si je pourrai vivre encore longtemps.

Je n’ai plus la force d’articuler un seul mot… elle fondit en larmes. 

Mme Veuve Hawa Ibrahim MAIGA, 52 ans. 

Je suis contente et triste en même temps. Contente parce que votre aide je veux dire cette mission d’évacuation est la bienvenue et m’a permis de quitter cette région où il n’ya plus de droiture, où il n’ya plus ni foi ni loi, contente parce que ma petite famille est aujourd’hui à l’abri de ces rebelles qui font la pluie et le beau temps à Gao. 

En même temps je suis si triste car je laisse derrière moi des familles, des vieillards, des femmes et des enfants qui vivent encore cette situation chaotique, qui vivent dans cette terreur, dans cette région où seules les armes font la loi et où l’homme décide de la vie ou de la mort de l’homme.

Accrochés à bord des voitures 4x4 et lourdement armés, ils sillonnent la ville de jour comme de nuit et nous n’avons même plus le courage d’aller au marché, moins encore au fleuve ou dans les jardins pour trouver de quoi manger.

La famine est l’un des plus grands facteurs maintenant dans cette région où les entrepôts, magasins, boutiques et supers marchés ont été pillés au moment des attaques. Ma petite famille et moi avons souffert ces six derniers mois comme nous n’avons jamais souffert depuis le décès de mon mari il y a dix ans, me laissant la charge des nos quatre enfants.

Je voudrais au nom de mes enfants vous remercier ainsi que tous ceux qui de près ou de loin nous ont aidés pour quitter cette région de Gao située au Nord du Mali. Qu’Allah vous donne la force et les moyens de venir en aide à tous ceux qui y sont encore , bloqués ou coincés entre les tirs des rebelles et qui voudraient rejoindre le Sud du pays. 

Alhassan BABA, 39 ans.  

Dieu est grand et votre aide me touche vraiment. Je ne sais pas comment vous remercier et les mots me manquent. J’ai tout perdu à Gao. Ma boutique a été pillée par les rebelles qui cherchaient le ravitaillement pour leurs soldats et ils m’ont menacé de mort au cas où je résisterais.

J’ai été ligoté, mains et pieds liés, visage contre le sol  pendant leur opération. Je n’avais pas droit à la parole et l’un d’eux, probablement le plus jeune (il devait avoir maximum 17 ans) avait la charge de me surveiller. Le regard naïf et innocent, il avait pointé son arme sur moi et ne cessait de faire des manœuvres et j’avais peur que par mégarde son arme pouvait déclencher et ma vie se serrait arrêtée. 

Le cœur meurtri, les larmes qui ne cessaient de couler étaient la seule chose que je pouvais faire et dans mon cœur je ne cessais de réciter des versets coraniques pour implorer l’aide d’Allah. Après 1h30 mn d’opération, ils sont partis, emportant tout et c’est 30 mn plus tard que les voisins sont venus à mon secours. 

Je suis en vie par la grâce de Dieu et j’implore encore votre aide pour venir au secours à la population de Gao, car comme moi beaucoup sont blessés dans leur chair et leurs âmes et n’ont qu’une envie : Partir !!! 

Laila, 25 ans. 

Nous les femmes de moins de 30 ans, nous sommes devenues les cibles privilégiées de ces  « hommes armés ». On ne peut plus marcher dans cette ville qui est plongée dans  le noir depuis les attaques car les installations d’EDM (Energie Du Mali) ont été saccagées et les techniciens ont fuient.

On est exposé au viol de jour comme de nuit et les cas d’enlèvement ne cessent d’augmenter. Plusieurs filles et femmes ont été violées et les risques de contamination par le VIH SIDA sont élevés. L’eau potable même n’existe plus  et nous sommes obligés de boire l’eau du fleuve Niger et notre plus grande inquiétude est celle d’une épidémie de choléra qui se profile à l’horizon et qui fait déjà des ravages dans les environs de la ville de Gao. 

Certes nous avons eu la chance d’être parmi ceux qui ont profité de cette mission d’évacuation mais nous vous implorons de ne pas oublier ceux qui sont restés derrière nous.  

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